{"id":1137,"date":"2015-04-11T19:05:46","date_gmt":"2015-04-11T19:05:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.arianebazan.be\/?p=1137"},"modified":"2015-04-11T19:07:43","modified_gmt":"2015-04-11T19:07:43","slug":"prologue","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.arianebazan.be\/?p=1137","title":{"rendered":"Prologue"},"content":{"rendered":"<p>Dans \u00ab\u00a0Des fant\u00f4mes dans la voix\u00a0\u00bb j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 une proposition pour une (neuro-) physiologie du signifiant, du refoulement et finalement de la structure de l\u2019inconscient Freudien. Je me suis rendue compte au fil des publications depuis, que ce que je m\u2019appliquais \u00e0 faire est essentiellement ceci: montrer comment la condition humaine, c\u2019est \u00e0 dire, le fait d\u2019advenir \u00e0 une structure psychique dans un corps humain, implique structurellement des impasses qui rendent boiteux un fonctionnement \u00e0 l\u2019aune d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s tout ce \u00e0 quoi nous aspirons\u00a0\u2013 c\u2019est-\u00e0-dire, entre autre, le bonheur, l\u2019harmonie, le vivre ensemble<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C\u2019est ce que je propose de reprendre d\u2019abord pour le signifiant et d\u2019\u00e9laborer ensuite aussi pour la jouissance dans cet ouvrage. La condition humaine serait donc cette damnation-l\u00e0: advenir \u00e0 ce qui est capable de se jeter, d\u2019esp\u00e9rer, d\u2019aspirer, advenir aux lumi\u00e8res et \u00e0 la po\u00e9sie \u2013 et, en m\u00eame temps, \u00eatre tenu par le prosa\u00efque de son corps, \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 que son \u00e9lan, son espoir, son aspiration un jour n\u2019aboutisse. Cependant, mon \u00e9criture n\u2019est pas pessimiste: le travail du devenir humain est de ch\u00e9rir sa condition, c\u2019est-\u00e0-dire, d\u2019embrasser aussi les impasses impos\u00e9es par sa chair, afin d\u2019avoir \u00e0 les refouler, \u00e0 les nier ou \u00e0 les rejeter moins. Car c\u2019est aussi ce que je m\u2019appliquerai \u00e0 montrer, que c\u2019est l\u00e0 le v\u00e9ritable n\u0153ud de toute violence, l\u00e0 o\u00f9 nous n\u2019acceptons pas, et donc ne tenons pas compte de, notre condition. C\u2019est de compter sur l\u2019humain raisonnable et de bonne volont\u00e9, que structurellement nous inscrivons la violence au c\u0153ur du vivre ensemble. Le travail d\u2019humanisation consiste \u00e0 embrasser \u00e9galement la part de d\u00e9raison et de transgression afin d\u2019en tenir compte dans nos institutions. Pour donner un exemple, si l\u2019humain a des ressources limit\u00e9es pour vivre, il n\u2019est pas dans sa condition de les utiliser d\u2019office de la fa\u00e7on la plus judicieuse possible en fonction de sa survie. Outre le simple fait qu\u2019il faut compter pour sa survie tant celle de son corps (nourriture, abris) que celle de son \u00e2me (dignit\u00e9, liens), il faut encore compter tout ce qui ne sert \u00e0 la survie de l\u2019une ni de l\u2019autre, voire m\u00eame \u00e0 leur d\u00e9triment. En effet, sa part jouissive pourra amener le sujet \u00e0 d\u00e9penser tout ou la plus grande partie \u00e0 la consommation de drogue, ou \u00e0 l\u2019achat de produits de luxe, ou \u00e0 l\u2019acquisition d\u2019immobilier, etc. Or, les sciences \u00e9conomiques font le pari de l\u2019 \u00ab\u00a0homo \u00e9conomicus\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire l\u2019homme raisonnable, qui optimise l\u2019exploitation de ses ressources limit\u00e9es. Ils appuient alors leurs mod\u00e8les sur cette pr\u00e9misse: c\u2019est, par exemple, ce qui a men\u00e9 aux grandes crises boursi\u00e8res, comme celle des \u2018subprimes\u2019 en 2008, et \u00e0 toute la violence collat\u00e9rale qui a touch\u00e9 tous ceux qui ont perdu leur logement dans la crise. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que Daniel Kahneman gagne le prix Nobel d\u2019Economie en 2003 (pour son travail avec Amos Tversky), en introduisant une id\u00e9e qui s\u2019inspire du concept psychanalytique du \u00ab\u00a0processus primaire\u00a0\u00bb pour saisir le comportement \u00e9conomique humain, puisque cette id\u00e9e permet d\u2019inclure un premier pan du boiteux humain, celui de la d\u00e9raison. La jouissance permettra d\u2019inclure un second pan, celui de la transgression.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si le bonheur et le vivre ensemble harmonieux sont hors de notre port\u00e9e, il nous est cependant possible de g\u00e9rer mieux la violence, afin qu\u2019elle soit limit\u00e9e tant quantitativement que qualitativement. Cette gestion de la violence est une ambition bien plus humble que le perfectionnement humain, et pourtant c\u2019est de n\u00e9gliger cette basse besogne \u2013 souvent, tr\u00e8s paradoxalement, pour se parer d\u2019une t\u00e2che plus glorieuse au service d\u2019un projet id\u00e9ologique \u2013 que nous avons frivolement consid\u00e9r\u00e9 comme acquis les grands tabous civilisateurs (meurtre, cannibalisme, inceste) qui maintenant nous reviennent en pleine figure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cet ouvrage n\u2019est donc pas pessimiste sur l\u00e0 o\u00f9 il est structurellement possible d\u2019amener l\u2019homme, comme ne le sont pas non plus les analyses que je conduis. Car, tant pour mes analysants que pour l\u2019humain, les gains d\u2019une gestion de la violence ne sont ni lin\u00e9aires ni proportionnelles: g\u00e9rer la violence, c\u2019est ouvrir des espaces de temps o\u00f9 l\u2019humain peut advenir, puisque l\u2019\u00e9nergie mentale se perd moins du c\u00f4t\u00e9 de la survie \u00e0 la violence. G\u00e9rer la violence, c\u2019est donc permettre \u00e0 la civilisation de reprendre le pas, c\u2019est rendre les terres aux cultures, ouvrir le champ aux lumi\u00e8res, c\u2019est permettre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019advenir. Dans la mesure o\u00f9 cette gestion n\u2019est d\u2019aucune prescription sur ce que la civilisation \u00e0 venir doit \u00eatre, c\u2019est aussi, paradoxalement, un message de pleine confiance, c\u2019est-\u00e0-dire, de cr\u00e9dit \u2013 et le cr\u00e9dit ou la confiance sont les plus puissants moteurs de vie. Finalement, la perte des illusions, impliqu\u00e9e par cette gestion de la violence, permet, paradoxalement, de gouter de la vie la pleine mesure de la distance d\u2019avec le malheur \u00e9vit\u00e9e, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 postposer cette d\u00e9gustation \u00e0 l\u2019infini, c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 la mesure de la distance d\u2019avec l\u2019\u00e9panouissement souhait\u00e9. Loin donc du pessimisme, la gestion de la violence est ce qui permettrait, \u00e0 mon avis, \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de se rapprocher du plus pr\u00e8s qu\u2019elle puisse l\u2019esp\u00e9rer d\u2019une condition du bonheur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019une certaine fa\u00e7on je peux bercer le temps qu\u2019il faut (c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 l\u2019infini, s\u2019il le faut) mes analysants pour les s\u00e9duire tendrement \u00e0 se d\u00e9shabiller de leurs illusions, je ne vois pas qui ou quoi pourrait \u00ab\u00a0tendrement bercer\u00a0\u00bb l\u2019humanit\u00e9 pour qu\u2019elle se laisse s\u00e9duire \u00e0 se consid\u00e9rer boiteuse, c\u2019est-\u00e0-dire pour qu\u2019elle se laisse s\u00e9duire \u00e0 l\u2019humilit\u00e9, qui est la mesure de sa condition, humaine, et non divine\u2026 Je pense donc que, paradoxalement, nous ne sommes pas damn\u00e9s par notre condition, mais que, n\u00e9anmoins, notre vanit\u00e9 nous perdra, comme fut aussi perdu Prom\u00e9th\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Mais qui, paradoxalement, ne nous rendent pas boiteux \u00e0 l\u2019aune de la survie et de la reproduction, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019aune de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9volutionnaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans \u00ab\u00a0Des fant\u00f4mes dans la voix\u00a0\u00bb j\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 une proposition pour une (neuro-) physiologie du signifiant, du refoulement et finalement de la structure de l\u2019inconscient Freudien. 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