{"id":1144,"date":"2015-05-21T10:50:44","date_gmt":"2015-05-21T10:50:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.arianebazan.be\/?p=1144"},"modified":"2017-03-25T17:19:48","modified_gmt":"2017-03-25T17:19:48","slug":"la-logique-de-lhumiliation-a-la-barbarie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arianebazan.be\/?p=1144","title":{"rendered":"La logique de l&#8217;humiliation \u00e0 la barbarie"},"content":{"rendered":"<p>voir aussi <a href=\"http:\/\/www.algerie-focus.com\/blog\/2014\/08\/daech-le-fils-mais-qui-est-le-pere-par-kamel-daoud\/\" target=\"_blank\">Daech le fils, mais qui est le p\u00e8re de Kamel Daoud 22 ao\u00fbt 2014<\/a><\/p>\n<p>J&#8217;aimerais revenir sur les \u00e9v\u00e9nements barbares auxquels nous avons \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s depuis un an en particulier. Parce qu\u2019en effet, le fait d\u2019admettre une tendance sadique propre \u00e0, voire m\u00eame constitutif de, la condition humaine, n\u2019explique pas ce qui se passe aujourd\u2019hui pr\u00e9cis\u00e9ment \u2013 puisque la condition humaine est de tous temps. Ce que j\u2019aimerais proposer pour cl\u00f4turer ma pr\u00e9sentation est un questionnement historique sur ces \u00e9v\u00e9nements d\u2019actualit\u00e9. Je reprends ici une logique clinique: ce qu\u2019on peut en dire sur le sujet concerne le recoupement de sa <strong>condition<\/strong> avec son <strong>histoire<\/strong>.<\/p>\n<p>Dans ma pratique clinique je re\u00e7ois en confidence l\u2019intimit\u00e9 de la vie de quelques sujets. Elle m\u2019apprend que ce serait l\u2019humiliation (exacerb\u00e9e, chronique, perverse) qui suscite chez le sujet une jouissance soit sur un mode sadique, soit sur un mode masochique (qui, tel nous l\u2019apprend la clinique, se r\u00e9v\u00e8le comme un renversement du mode sadique). Or, comme la clinique est bien s\u00fbr couverte par le secret professionnel, c\u2019est \u00e0 l\u2019aide d\u2019un mythe, celui de M\u00e9d\u00e9e, que je propose d\u2019articuler cette logique qui va de l\u2019humiliation \u00e0 la barbarie.<\/p>\n<p>M\u00e9d\u00e9e est une \u201cbarbare\u201d, ce qui veut dire qu\u2019elle provient d\u2019un \u00a0ailleurs qui ne conna\u00eet pas \u201cles bienfaits de la civilisation grecque\u201d, ce pays lointain de Colchide. Elle est aussi descendante des Titans, alors que la civilisation Grecque, personnifi\u00e9e en son mari Jason, est fondatrice des lois, de la cit\u00e9 et de l\u2019ordre moral que Zeus a pu faire r\u00e9gner du fait de sa victoire sur les Titans. M\u00e9d\u00e9e s\u2019inscrit dans cette cit\u00e9e, dans ce nouvel ordre moral, dans sa vie conjugale avec Jason, \u00e0 qui elle donne des enfants. Or, l\u2019histoire est connue: Jason la r\u00e9pudie pour pouvoir se marier avec la fille de Cr\u00e9on, le roi de \u00a0Corinthe, et pour se venger, M\u00e9d\u00e9e tue ses enfants, qui sont aussi ceux de Jason. Cette r\u00e9pudiation par Jason, qu\u2019Isabelle Stengers d\u00e9crit dans <em>Souviens-toi que je suis M\u00e9d\u00e9e<\/em> comme \u201cla plus grande humiliation que puisse conna\u00eetre une femme\u201d, provoque la panique au sens du Dieu Pan, ma\u00eetre de la \u201cpanique\u201d: \u201c<strong>D\u2019un seul coup, tout bascule<\/strong> comme si ce qui faisait lien entre les humains se r\u00e9v\u00e9lait soudain susceptible de faire \u00e9merger un collectif tout autre, d\u2019engendrer ce que l\u2019ordre social semblait, par nature, exclure\u201d \u00e9crit Stengers en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Jean-Pierre Dupuy (La panique, 1991). La r\u00e9pudiation signifie la rupture du contrat moral: \u201cElle a pass\u00e9 contrat avec l\u2019humanit\u00e9 et le contrat a \u00e9t\u00e9 rompu\u201d (p. 11).<\/p>\n<p>De quoi s\u2019agit-il, quel est le \u201ccontrat avec l\u2019humanit\u00e9\u201d? Je propose que dans les termes les plus fondamentaux, le contrat moral ou social est le suivant: <em>en \u00e9change de l\u2019amour, je suis pr\u00eat \u00e0 abandonner (un peu de) ma jouissance, de mes tendances transgressives (dont aussi mes tendances sadiques)<\/em>. Que cela veut-il dire? Faire na\u00eetre l\u2019infans \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, au sein de la famille, c\u2019est interf\u00e9rer dans la jouissance absolue, imm\u00e9diate et totale de ce que l\u2019enfant a ou aspire \u00e0 avoir avec sa premi\u00e8re ou sa principale figure d\u2019attachement, en y mettant des limites: ces limites sont frustrantes par rapport au tout auquel l\u2019enfant se croit attitr\u00e9, mais sont dans le m\u00eame mouvement l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une ouverture: l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 jusque l\u00e0 exclusivement sur la m\u00e8re, perd l\u2019exclusive pour se porter en partie aussi sur la figure intervenante. De \u201cqui suis-je pour ma m\u00e8re?\u201d, la question devient \u201cqu\u2019a-t-il celui-l\u00e0 pour pouvoir me faire concurrence, pour capter l\u2019int\u00e9r\u00eat de ma m\u00e8re?\u201d, en d\u2019autres termes, l\u2019enfant s\u2019int\u00e9resse au tiers intervenant: il accepte de quitter son monde d\u2019absolu pour s\u2019ouvrir \u00e0 la tiercit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire au lien social et \u00e0 ses r\u00e8gles. Mais quitter ce paradis de l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un assouvissement total ne se fait pas sans douleur: <strong><em>l\u2019enfant doit \u00eatre berc\u00e9 d\u2019amour et \u00a0tendrement s\u00e9duit \u00e0 ce renoncement<\/em><\/strong>. Pas tous les enfants, d\u2019ailleurs, feront le pas (et ce serait alors, la voie de la psychose).<\/p>\n<p>Voil\u00e0 le premier pacte social: en retour de l\u2019amour (et de la s\u00e9curit\u00e9), le sujet humain abandonne (en grande partie) son monde fantasmatique jouissif et accepte \u201cle principe de r\u00e9alit\u00e9\u201d. C\u2019est aussi le pacte moral de ce qui fait lien entre les hommes, dans la cit\u00e9: la cit\u00e9, la civilisation, prend soin de ses citoyens, les traite avec respect, consid\u00e9ration, soin et \u00e9quit\u00e9, et en retour les sujets qui la composent ne s\u2019autorisent pas \u00e0 \u201cl\u00e2cher le monstre int\u00e9rieur, la barbarie int\u00e9rieure\u201d. Car le monde jouissif est un monde qui ne s\u2019embarrasse pas de piti\u00e9 ni de consid\u00e9ration pour la vie: il faut prendre ce qui assouvit et \u00e9liminer ce qui l\u2019en emp\u00eache. Ce qui se joue pour M\u00e9d\u00e9e, comme pour l\u2019actualit\u00e9, est donc ceci: sans amour et sans espoir d\u2019amour (d\u2019int\u00e9gration, de valorisation, de prise en charge), le contrat social est consid\u00e9r\u00e9 rompu, et \u201cce qui faisait lien entre les humains se r\u00e9v\u00e9lait soudain susceptible de faire \u00e9merger un collectif tout autre, d\u2019engendrer ce que l\u2019ordre social semblait, par nature, exclure\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire, la barbarie.<\/p>\n<p>Il y a un deuxi\u00e8me point que j\u2019aimerais soulever, car dans le mythe de M\u00e9d\u00e9e, comme dans l\u2019actualit\u00e9, il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple rupture de contrat. En effet, il faut soup\u00e7onner \u00e0 la trahison du contrat une dimension autrement plus funeste pour laquelle l\u2019atrocit\u00e9 de la barbarie donne la mesure. M\u00e9d\u00e9e, par son infanticide, donne la mesure de ce \u00e0 quoi elle a \u00e0 faire. Le pacte du couple a une logique sur certains points ressemblant au pacte social: la jouissance est mise en jeu en \u00e9change de l\u2019amour. L\u2019id\u00e9e est que la femme y est s\u00e9duite \u00e0 se faire objet, \u00e0 se pr\u00eater \u00e0 ce jeu, pour qu\u2019il puisse y avoir jouissance. Elle n\u2019est pas victime car elle aussi en jouit, et elle est, par ailleurs, prot\u00e9g\u00e9e par le pacte, c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019amour parfois, soit simplement par le lien. Cependant, quand il y a rupture du pacte, l\u2019asym\u00e9trie se fait jour dans sa monstruosit\u00e9: l\u2019homme peut continuer le chemin, attrist\u00e9, effondr\u00e9, solitaire; or la femme ne se retrouve pas simplement esseul\u00e9e, abandonn\u00e9e, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e, mais dans la mesure o\u00f9 elle a consenti \u00e0 se faire objet, elle se retrouve seule \u00e0 faire avec cette position extr\u00eamement d\u00e9licate et potentiellement mortif\u00e8re de son statut d\u2019objet. Elle avait consenti \u00e0 cet exercice d\u2019\u00e9quilibre p\u00e9rilleux pour sa sant\u00e9 psychique car s\u00e9duite par l\u2019amour; or sans les balises de l\u2019amour, elle se retrouve seule face au gouffre vertigineux de sa jouissance. Voil\u00e0 donc pourquoi on peut parler de l\u2019abandon comme de\u00a0\u201cla plus grande humiliation que puisse conna\u00eetre une femme\u201d, soit encore comme un ravage. <strong><em>Dans le mythe, M\u00e9d\u00e9e, s\u00e9duite, a consenti \u00e0 se faire utiliser: elle a consenti \u00e0 abandonner son pays, \u00e0 trahir les siens, \u00e0 tuer son fr\u00e8re par amour: Jason, en la r\u00e9pudiant, en la d\u00e9shabillant de son amour, la livre d\u00e9charn\u00e9e \u00e0 une hantise sans fin par cette vaine abn\u00e9gation<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>Or, de toutes les peines qu\u2019un humain peut infliger \u00e0 un autre humain, l\u2019humiliation est la plus f\u00e9conde de violences \u00e0 venir. <strong><em>Le sujet humili\u00e9 ne pourrait donner la mesure de la violence \u00e0 laquelle il a \u00e0 faire en attaquant l\u2019autre, trop facile, trop bref, ni en s\u2019attaquant lui-m\u00eame, trop peu incisif pour les autres<\/em><\/strong>. Tuer Jason pour M\u00e9d\u00e9e ne pourrait lui donner satisfaction: une fois mort, il ne souffre d\u00e9j\u00e0 plus. Se tuer n\u2019est pas non plus une option: les quelques pleurs pass\u00e9s, tout serait oubli\u00e9. <strong><em>Non, l\u2019humiliation ne connait sa mesure que dans la destruction, la d\u00e9vastation de la sc\u00e8ne m\u00eame o\u00f9 se joue cette humiliation, la sc\u00e8ne de la cit\u00e9, la sc\u00e8ne de la civilisation.<\/em><\/strong> C\u2019est pourquoi M\u00e9d\u00e9e tue ses enfants, qui sont aussi ceux de Jason. L\u2019humili\u00e9(e) dit en substance: je suis d\u00e9j\u00e0 mort(e) (psychiquement), mais je ne partirai pas sans avoir fait le ravage autour de moi: je peux tout donner (donner tout mon corps) pour d\u00e9truire la sc\u00e8ne m\u00eame de l\u2019humiliation.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qu\u2019Euripide nous apprend sur notre actualit\u00e9. Avec l\u2019Etat Islamique, il ne s\u2019agit pas de guerre: ne sont pas affront\u00e9s les ennemis, car combattre, voire m\u00eame tuer, l\u2019ennemi au combat ne saurait donner la mesure. Il ne s\u2019agit pas non plus d\u2019attentats suicides, car m\u00eame si l\u2019attentat suicide d\u00e9j\u00e0 outrepasse un premier tabou, celui d\u2019une intention de <em>tuer en utilisant sa propre vie<\/em>, l\u2019attentat suicide ne saurait donner la mesure. La barbarie que nous pr\u00e9sente l\u2019Etat Islamique (Daech, Boko Haram, et d\u2019autres) c\u2019est une mesure autrement plus funeste de la violence: il s\u2019agit l\u00e0, comme pour M\u00e9d\u00e9e, de <strong><em>d\u00e9truire la sc\u00e8ne m\u00eame de la civilisation<\/em><\/strong>. Si la civilisation Grecque a vaincu les Titans, et donc les barbares, c\u2019est de s\u2019appuyer sur un nombre de tabous, qui instaurent des r\u00e8gles fondatrices de la cit\u00e9, dont <strong>la prohibition du meurtre<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire, ne pas tuer ceux de sa tribu, les siens \u2013 comme M\u00e9d\u00e9e ses enfants, dont <strong>la prohibition du cannibalisme<\/strong>, cette f\u00eate des d\u00e9chirements barbares des corps mis \u00e0 mort, comme dans les Bacchantes, autre mythe d\u2019Euripide, comme finalement <strong>la prohibition de l\u2019inceste<\/strong>, qui instaure la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations, et donc l\u2019ordre de succession, c\u2019est \u00e0 dire l\u2019histoire, comme dans \u0152dipe-roi, cette fable de Sophocle. Or, ce qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 par Isis, est ce qui de la fa\u00e7on la plus per\u00e7ante qui soit, doit crever ces tabous dans leur essence: il s\u2019agit de tuer les siens, y compris les enfants et les b\u00e9b\u00e9s, il s\u2019agit de d\u00e9chirer les corps, il s\u2019agit de ce que les enfants tuent et martyrisent.<\/p>\n<p>Ce qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 doit nous convoquer \u00e0 cette r\u00e9flexion: <strong><em>de quoi l\u2019\u00e9tendue de cette cruaut\u00e9 est-elle la mesure, \u00e0 quoi r\u00e9pond-elle?<\/em><\/strong> Si nous nous confions \u00e0 la logique clinique d\u2019Euripide, en particulier du mythe de M\u00e9d\u00e9e, je propose que ce qu\u2019il faut supposer comme ant\u00e9c\u00e9dent \u00e0 cette r\u00e9ponse, doit \u00eatre en particulier de l\u2019ordre de l\u2019humiliation. <strong><em>L\u2019humiliation est structurellement ce qui se vit lorsqu\u2019au sujet est refus\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment ce statut de sujet et que c\u2019est entant qu\u2019objet qu\u2019il est vis\u00e9, approch\u00e9<\/em><\/strong>. Sans d\u00e9douaner chaque sujet singulier de ce qu\u2019il a \u00e0 r\u00e9pondre quant \u00e0 sa complicit\u00e9 ou \u00e0 son engagement dans l\u2019acte barbare, il est probablement int\u00e9ressant de se poser la question de l\u2019humiliation, de sa nature, de sa factualit\u00e9, \u00e0 laquelle l\u2019Etat Islamique, entre autres, serait la r\u00e9ponse? Comme l\u2019ont indiqu\u00e9 quelques uns, dont le pr\u00e9sident Barack Obama, je proposerais <strong>qu\u2019il ne soit pas illogique, que ce soit des guerres du Golfe, et des invasions Am\u00e9ricaines, en particulier en Iraq, qu\u2019Isis serait le contrepoids, la r\u00e9ponse<\/strong>. Il faut se souvenir en effet de l\u2019humiliation, de l\u2019appellation de \u00ab\u00a0rogue states\u00a0\u00bb dans la sc\u00e8ne internationale, du titre international de \u00ab\u00a0racaille\u00a0\u00bb, et de l\u2019invraisemblable suite de cette histoire: accus\u00e9 de racaille, et attaqu\u00e9, puni \u00e0 ce titre, suit la constatation qu\u2019aucune arme de destruction massive n\u2019est jamais trouv\u00e9e \u2013 alors qu\u2019il s\u2019agissait du motif m\u00eame de l\u2019accusation et de l\u2019invasion. De fa\u00e7on invraisemblable, ne s\u2019en sont alors suivies ni poursuite en justice ni condamnation ni excuse: <strong><em>la communaut\u00e9 des \u00e9tats alli\u00e9s laisse derri\u00e8re elle une sc\u00e8ne de d\u00e9vastation dans l\u2019impunit\u00e9 la plus stup\u00e9fiante et rompt ainsi de fa\u00e7on fracassante tout contrat social ou moral<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>Ceci suffit \u00e0 saisir l\u2019\u00e9tendue de l\u2019humiliation, mais, de fa\u00e7on sp\u00e9culative, j\u2019aimerais m\u00eame avancer que certains aspects de cette guerre, humiliante par ces \u00ab\u00a0collateral damage\u00a0\u00bb a pouss\u00e9 l\u2019humiliation plus loin encore, \u00e0 son extr\u00eame, comme quand \u00e0 Guantanamo Bay, et surtout \u00e0 Abu Ghraib, les prisonniers en furent r\u00e9duit \u00e0 une <strong><em>d\u00e9shumanisation<\/em><\/strong>, viol\u00e9s, tortur\u00e9s et expos\u00e9s, \u00e0 une <strong><em>animalisation<\/em><\/strong>, promen\u00e9s nus \u00e0 la laisse, et \u00e0 l\u2019<strong><em>objectification<\/em><\/strong> la plus abjecte, entass\u00e9s en petite tour humaine, l\u2019anus de chacun expos\u00e9. Ces photos ayant fait le tour du monde, c\u2019est une collectivit\u00e9 qui s\u2019en trouve humili\u00e9e, c\u2019est d\u2019une collectivit\u00e9 que viendrait la r\u00e9ponse, la r\u00e9ponse \u00e0 la mesure de la violence de cette humiliation, notamment non seulement la rupture du contrat social, mais aussi l\u2019aspiration \u00e0 d\u00e9truire la sc\u00e8ne de la civilisation, l\u2019abandon \u00e0 la barbarie.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit ici bien s\u00fbr pas de justification, voire d\u2019excuse, \u00e0 la barbarie (voir toute l\u2019\u00e9thique du sujet d\u00e9ploy\u00e9e dans la premi\u00e8re partie: rien ne saurait d\u00e9douaner le sujet d\u2019un questionnement de sa conscience), mais il s\u2019agit d\u2019en saisir une logique, il s\u2019agit du temps de comprendre, qui est un temps clinique essentiel pr\u00e9alable \u00e0 toute r\u00e9flexion et \u00e0 toute perspective de traitement, que ce soit du sujet ou sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><a href=\"https:\/\/www.canal-u.tv\/video\/universite_de_tous_les_savoirs\/juger_la_violence_violence_et_humiliation.12899\" target=\"_blank\">Juger la violence &#8211; Violence et humiliation<\/a><\/h2>\n<pre>Une conf\u00e9rence du cycle \"La violence aujourd'hui\"\r\nJuger la violence par Paul Valadier\r\nViolence et humiliation par Olivier Abel\r\nDate de r\u00e9alisation : 22 Septembre 2013\r\nDur\u00e9e du programme : 76 min\r\nClassification Dewey : Processus sociaux : coordination, changements, conflits<\/pre>\n<p>Paraphrase des propos de Paul Valadier en conclusion de sa conf\u00e9rence ci-dessous: &#8220;La violence est ind\u00e9racinable. Ceux qui r\u00eavent de l&#8217;\u00e9radiquer ne font souvent que la multiplier. Ce qu&#8217;il faut c&#8217;est se rendre compte que la violence est toujours l\u00e0 sous toutes sortes de formes, tapie &#8211; et que la seule chose que nous pouvons faire c&#8217;est de tenter de la canaliser, et de ne pas entretenir ses causes qui sont multiples (probl\u00e8mes sociaux, inculture, mesquinerie, fermeture d&#8217;espri<span class=\"text_exposed_show\">t etc.). Il est important aussi de toujours prendre la mesure que c&#8217;est le meilleur qui est l&#8217;ennemi du bien, et que donc le projet d&#8217;\u00e9radiquer la violence r\u00e9sulte le plus souvent dans la barbarie. La violence est en chacun de nous et en tous, on n&#8217;a jamais fini de la canaliser. Mon message n&#8217;est pas un message de r\u00e9signation: il faut lutter contre la violence, d&#8217;abord en soi, et puis partout autour de soi, avec un sens de la vigilance. Il faut pour ceci avoir une conscience de ce qu&#8217;est l&#8217;humain, de la pluralit\u00e9 de l&#8217;humain, de la valeur de tous, de notre vie commune et en particulier des plus faibles et des plus silencieux. Quand les hommes r\u00eavent de paradis sur terre, c&#8217;est \u00e0 dire d&#8217;\u00e9radiquer toute violence, en r\u00e9alit\u00e9 c&#8217;est l&#8217;enfer qu&#8217;ils \u00e9tablissent.&#8221;<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>voir aussi Daech le fils, mais qui est le p\u00e8re de Kamel Daoud 22 ao\u00fbt 2014 J&#8217;aimerais revenir sur les \u00e9v\u00e9nements barbares auxquels nous avons \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s depuis un an en particulier. 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